Enfin pas pour le festival bien sur puisqu'au cours des années le festival s'est imposé comme l'une des références en matière du court-métrage.
Première édition pour moi donc et toujours l'angoisse quand on arrive dans un gros festival d'être déçu par son coté imposant ou d'être un peu décontenancé par l'ambiance. C'est ce qui s'est passé lors de ma première visite au Festival de Cannes en tant que simple festivalier, j'avais presque l'impression d'être le seul à être là pour les films (j’exagère mais pas tant que ça ...).

Alors soyons franc les conditions ne sont pas les mêmes que lors de mon premier séjour au Festival de Cannes, j'arrive à Clermont en connaissant déjà des personnes dans l'organisation, des réalisatrices/teurs en compétition, dans le jury ou des festivaliers, donc forcément ce n'est pas la chose. Il n'empêche que, est-ce du au format mis en avant par le festival, mais rien n'est démesuré ici. Les différentes salles sont "éparpillées" sur un périmètre assez important et si le centre névralgique du Festival se situe à la Maison de la Culture il y a plus de 15 autres lieux dans la ville qui abritent des événements du festival.
Mais ces nombreux lieux n'empêchent pas, bien au contraire, de faire du festival un endroit parfait je trouve pour les rencontres et les échanges passionnés et passionnants. Le festival de Clermont est un vrai beau rendez-vous autour du plaisir du cinéma.

Il y a le plaisir aussi de voir les spectateurs de la ville se mélanger dans les files d'attentes avec les "badgés" ... oui file d'attente ça c'est le truc un peu dur à Clermont il faut l'avouer c'est que pour certaines séances il faut mieux arriver au moins 45 min à l'avance ...

Bon et puis l'important (même si le mien s'est déjà abimé :( c'est le sac de Clermont qui reprend le visuel de l'affiche du festival créée cette année par Igor Kovalyov ... et qui l'année prochaine devrait être créée par Théodore Ushev

Oui oui je vous vois venir c'est bien gentil tout ça je vous raconte tout ça mais le plus important dans un festival c'est les films!! (Je suis d'accord et à la fois quand l'ambiance est aussi agréable que celle du festival de Clermont-Ferrand ça permet d'apprécier encore mieux les films)

Vous avez raison. Aller à Clermont ça veut dire avant tout faire un choix au niveau des projections: 14 salles qui peuvent proposer jusqu'à 7 séances par jour ... Trois compétitions (International, Français et Labo) et de nombreuses séances spéciales (Cartes blanches, Rétrospectives ...) je vous renvoie au site officielle pour découvrir les différentes séances spéciales mais il y avait plusieurs séances sur le cinéma africain, cubain, des programmes scolaires, des séances sur les "Mouches et autres bestioles" ... un vrai éclectisme dans les genres, les styles et dans les techniques (une très grande place est laissée à l’image par image).
Avant d'arriver au festival je m'étais fixé le but de voir toutes les séances de la section Labo (ou en tout cas le plus possible). Cette section qui mélange encore plus les styles, les genres et les techniques que les autres sections ... je ne pensais d'ailleurs pas autant que ça vous pouvez y trouver un film très contemplatif au coté d'une pochade, de l'image de synthèse cartoon à coté d'une image très brut ...

Pour plus de facilité (pour moi :) dans mon compte rendu je prendrais les séances de 1 jusqu'à 5 ...

Comme certains d'entre vous l'ont peut-être remarqué dans des précédents posts (ou peut-être pas :) - selon que j'aime le film dont je vous parle la taille de la vidéo que je vous propose est plus ou moins importante ... oui c'est un moyen comme un autre hein :)

663114 d'Isamu Hirabayashi. Un film étonnant dans lequel on voit une cigale de 66 ans monter à la verticale nous raconter ce que ses ancêtres et lui reproduisent depuis des générations ... un film en un seul plan si je me souviens (ou en tout cas avec peu de plan) nous montrant la progression très lente de cette cigale jusqu'à ce qu'une vague apparaisse. Une vague qui rappelle bien sur le tsunami qui a touché le Japon en mars 2011 et de la difficulté et complexité de la vie après un événement terrible comme celui-ci.Pour en savoir plus (en anglais)



Passing through the night de Wattanapume Laisuwanchai. Quelques mois après la fin du festival seuls quelques images persistent dans ma mémoire de ce film. Un film très esthétisant mais à l'ambiance contemplative intéressante (malgré beaucoup trop de mouvement de caméra - c'est d'ailleurs pour ça que le coté esthétisant m'a gêné je pense)



The Centrifuge brain project de Till Nowak. L'idée est vraiment excellente l'histoire "d'une expérience scientifique initiée dans les années 70, un parc d'attractions qui est utilisé afin d'augmenter les capacités cérébrales des gens". Il y a des bonnes idées visuelles dans le film, mais je trouve que le film reste au niveau de l'anecdote (même dans le traitement documentaire du film - l'acteur en rajoute beaucoup dans son portrait du scientifique). Un film qui aurait pu aller vers K Dick et qui finalement reste en surface. Mais sympa à regarder.



Night fishing de Park Chan-wook et Park Chan-kyong. Oui c'est bien un film co-réalisé par le réalisateur de Thirst et de I'm a Cyborg but that's ok et son frère nous apprend Wikipedia. Un film minimaliste d'horreur à l'ambiance décalé (Park Chan Wook a vu The Host :) très réussi. Vous pouvez voir le film en entier ici (sans sous-titres)

Les 6 premières minutes du film



L'un de mes films préférés de Clermont c'est Belly de Julia Pott. Petit frère anglais (du Royal College of Art) de Nekojiru-So (Cat Soup) de Tatsuo Sato le film nous embarque avec trois personnages dans une histoire de famille, d'amitié et d'amour ... Un très très beau film et une réalisatrice à suivre



The Pub de Joseph Pierce. Même si comme quelqu'un me le disait à la sortie de la séance le film utilise un canevas assez connu et facile, transformé les gens d'un pub en animal ressemblant à leur comportement (laissant peu de place à la nuance). C'est vrai que Joseph Pierce depuis son Stand Up avait réussi à nous montrer l'envers des gens uniquement avec son style et sans artifice, qu’il utilise dans ce dernier film. Mais sa réalisation très efficace et son ton toujours aussi dur fonctionne encore très bien pour moi dans ce film.



Bobby Yeah de Robert Morgan. Je vous répète souvent cette même phrase mais c'est vrai que le mot ovni (plutôt OFNI, Objet filmique non identifié, d’ailleurs) est employé souvent à tort et à travers ... et bien là ça correspond plutôt pas mal. Petit frère de Tale of Puppetboy, avec pas mal de Lynch (arghhh j'aime pas faire ce genre de raccourci ...) la durée du film (23 minutes) vous empêchera de le voir dans beaucoup de festival et pourtant sans trop savoir quoi vous en dire il me semble que ça vaut le coup de le voir ...



Je n'ai pas pu voir Il Capo de Yuri Ancarani dont a m'a dit le plus grand bien.

Je n'ai vu aucune séance de compétition hors labo mais sur l'avis d'Olivier Catherin j'ai quand même vu un film dans la compétition internationale ... et ça tombe bien car avec Belly c'est surement l'un de mes films préférés du festival.

Posledny Autobus (Le Dernier bus) d'Ivana Laucikova et Martin Snopek. Un film qui raconte le début de la chasse et l'exil dans un dernier bus d'animaux de la forêt. Un film utilisant la pixillation, les animaux étant en fait des acteurs humains avec des têtes d'animaux. Évidemment le renversement de situation (de l'anthropomorphisme à une espèce de Zoomorphisme) n'est pas nouveau mais ce mélange visuel est très troublant. Surtout que le film fait bien sur irrémédiablement penser alors à des sujets comme la guerre, l'immigration, l'épuration ethnique enfin toute pratique humaine dans laquelle un groupe d'être humain détruit/stigmatise/éradique un autre groupe d'être humain à cause de ces différences ou autres



Excellente idée du Festival de Clermont-Ferrand qui a demandé cette année à Théodore Ushev (qui était membre du jury) de mettre en place une séance de ses films et de quelques films d'Arthur Lipsett.

Au programme le plaisir de redécouvrir des films comme Drux Flux et Tower Bahwer sur grand écran (je préfère vraiment Drux Flux:), mais aussi pour moi de découvrir sur grand écran L'Homme qui attendait (2006) ou dans les films plus récents Rossignols en décembre (2011), , ce film réalisé dans le cadre d’une commande pour le Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, et visible sur le site du festival, se retrouve aujourd’hui en compétition dans de nombreux festivals.

Et aussi de découvrir sur grand écran les films d'Athur Lipsett. Des films d’une extraordinaire modernité et questionnant toujours l’actualité d’aujourd’hui avec une grande force visuelle. Voir notamment sur grand écran Very nice, very nice on comprend encore mieux pourquoi quelqu'un comme Kubrick avait été attiré par le cinéma de Lipsett. Le montage d'une redoutable efficacité est un précis visuel (et sonore) de psychologie humaine. Magnifique.

Vous pouvez voir une partie des films de Lipsett sur le site de l'ONF (malheureusement en non sous-titré)

En ce qui concerne Théodore Ushev était présenté dans ce programme en plus de ses films précédents cités Yannick Nézet-Séguin : Sans entracte (qu’il avait présenté au Forum des images) et un film qu'il venait à peine de terminer: Third page from the sun (Troisième page après le soleil).
Un titre qui fait référence au morceau utilisé pour la bande son, une reprise par Stevie Ray Vaughan et Double Trouble de Third stone from the sun d'Hendrix

C’est pour moi l’une des plus belles réussites à ce jour du réalisateur. D’une grande liberté formelle Ushev avec Third page from the sun transforme avec de la peinture et du montage un catalogue en véritable plaidoyer pour un cinéma psychotrope.

Un cinéma qui fait aussi appel à presque tous les sens en privilégiant le rapport à la matière. Car en plus de la vue et de l’ouïe le film convoque aussi le tactile avec le froissement et le déchirement du papier ainsi que les couches en relief de la peinture et avec un peu d'imagination vous sentirez aisément l'odeur de la peinture.

Nous sommes ici dans un dialogue totale entre le son et l’image, entre le réalisateur et son matériau, entre le film et le spectateur, votre corps doit bouger en même temps que les plans se succèdent, il faut se laisser transporter par les différents mouvements induits par les passages colorés des pages, et les plaintes de la guitare de Stevie Ray Vaughan. Il ne faut pas résister, il faut rentrer physiquement dans cette danse impliquée par les mouvements de ce catalogue et de la musique.

Avec ce film plus qu’au rock c’est aussi à une certaine forme de Jazz qu’Ushev rend hommage. Tel un héritier de Thelonious Monk, Ushev ne s’inquiète pas de savoir si l’un de ses plans est flou, il ne s’inquiète pas de la création du mouvement non il le vit. D’ailleurs le mouvement ne se fait pas dans une continuité mais dans la juxtaposition des différentes couches créant une autre construction du mouvement.
Cette notion de vie du mouvement est importante car il permet au film de ne pas tomber dans une recherche visuelle vaine, un exercice …

On pourrait sans problème citer de nombreux créateurs pour parler de ce film (De Pollock à Eric Dolphy en passant par Fischinger et William Burroughs) mais l’important avec ce film c’est aussi le plaisir pur qui ressort de ce mélange d’un expérimental jouissif et d’une véritable liberté de création.

Mais attention si l’énergie qui sort du film est brute, il y a derrière le film une énorme réflexion sur le médium cinéma, et le montage atteint ici une perfection qui est le fruit d’un véritable travail depuis de nombreux films. Comme il le disait quelques semaines plus tard à la Fête de l’animation à Lille, la durée de réalisation du film n’est pas celle où il a travaillé sur ce catalogue mais une réflexion plus large qu’il mène sur le cinéma depuis de longues années. Un film fondamental pour moi dans le paysage cinématographique d'aujourd'hui

Quelques images tirées du film (ordre d'apparition dans le film respecté)